L’éternel absent

Il devait avoir 18 mois la première fois où ça m’a frappée. En fait, j’ai eu l’impression de me prendre un 2 par 4 dans les dents. J’étais encore une apprentie-maman. Angoissée, culpabilisée et stressée.

« Votre fils fait des otites à répétition car il a des végétations trop importantes dans les sinus… »

Des végétations? Heu… De kessé? Des images de jungle amazonienne me traversaient l’esprit. Dans cette petite tête charmante? Dans ce nez aux narines si petites?

« Il faudrait l’opérer pour retirer ça. Ça l’aiderait à mieux respirer… »

Respirer? Il ne respire pas bien mon pinouchet? Opérer? Dans le sens de l’endormir pis je ne suis pas à côté de lui pis vous lui faites des trucs pis je ne peux pas lui tenir la main et lui dire maman est là?

J’ai dit oui. J’ai signé. Pour qu’il respire mieux. J’ai maudit le ciel d’être obligée de prendre cette décision seule. J’aurais voulu partager cette responsabilité. Me sentir moins « totalement responsable ». Impossible. Son père était mort 10 mois plus tôt.

Avancée rapide. Janvier 2012.

Le téléphone sonne. Un mec au bout du fil me demande de valider mon consentement à ce que mon fils de 16 ans (et demi) se fasse percer les deux oreilles à l’aiguille. 

« Maman, je ne veux pas agrandir plus que 8 mm. Ce n’est pas beaucoup, tsé. »

Ce n’est pas une surprise. On a discuté de la chose. Mon fils, ce mec fabuleux que j’aurais aimé connaître à 16 ans, me raconte tout. Ou presque, j’imagine. 

C’est ton corps, lui ai-je dit. 

Depuis qu’il est petit que je lui dit que son corps lui appartient et que personne ne peut y avoir accès sans son consentement. Difficile après ça de dire « ça t’appartient mais c’est maman qui décide ».

Alors j’ai, une fois de plus, donné mon consentement. Et, une fois de plus, j’aurais aimé savoir ce que son père en pense…

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