Archive mensuelle de avril 2011

De la complexité d’aimer…

J’ai aimé Wajdi Mouawad dès la première gorgée, intense, lourde et éthérée, de son théâtre. Il est apparu dans mon paysage au moment où je tentais de me définir comme critique de théâtre. Il fut l’instrument de mes fantasmes les plus fous: bâtir un pont entre la réalité, parfois glauque, de mes lecteurs, et son imaginaire d’une beauté trash-poétique-incarnée. Je. Me. Souviens.

Je me souviens de ce soir où, de retour de la première de Littoral, j’étais assise devant mon ordi, un papier à pondre. Soufflée. Blessée. Émue et changée. Tout mon corps, toute ma tête se refusait à résumer ce que je venais de vivre en 2 feuillets. J’ai donc écrit une Non-critique, que j’ai envoyée à mon rédac chef du Voir. Je savais que je le mettais dans une position délicate. Je lui donnais un non-article, juste un souffle. Il m’a fait confiance, Jean-Simon. Merci.

Et oui, ce soir, j’ai retrouvé le Wajdi qui m’éblouit. J’ai aimé qu’il soit calme. J’ai aimé qu’il prenne le temps d’expliquer Sophocle. J’avais compris sa démarche, j’étais contre, absolument et fermement, mais j’ai aimé que, de sa voix douce et posée, il pose les jalons de sa démarche.

Ne jamais censurer la voix de qui que ce soit. S’y opposer, bien sûr! J’ai été une des premières à monter aux barricades sur le sujet. Cantat, contrairement à ce que WM pense, est, pour moi, un batteur de femme. Et s’il est une notion que j’exècre, c’est bien celle du crime passionnel. Passion? Crime? Non. Possession. Frustration. Maladie mentale. Jalousie. Oui. Amour? Passion? Non.

Je ne pense pas que Wajdi souffrira beaucoup de cette controverse. Je n’en dirais pas autant de S. Denoncourt, dont j’ai applaudi le courage. Mais dont je sais que, s’il le pouvait, effacerait de notre mémoire collective sa sortie. Ne serait-ce que pour se permettre, lui-aussi, comme il l’a fait auparavant, de déranger, au nom de l’art et de la réflexion.

Alors j’aime. Et comme dans toutes les histoires d’amour, je réfléchis…

Parfois, vaut mieux popoter…

Parce que parfois, on a plus envie de jaser bouffe que de grandes (ou pseudo-grandes) questions…

Parce que rien ne vient à la cheville du sentiment de profonde joie que je ressens lorsqu’on s’attable ensemble, la gang et moi.

Alors, pitchez-moi toutes les controverses du monde, je répondrai, à la condition que le sujet me soit familier. Sinon, of course, je FMY… car ça craint un max les gens qui se fendent la trappe sur n’importe quoi, n’importe comment.

Donc, pour votre plaisir, alors que les BBQ s’allument au rythme de la neige qui se liquéfie, je vous offre, z’amis, ma recette secrète de côtes levées… Une fois n’est pas coutume.

C’est que parfois, l’horreur se réfugie dans la simplicité. Une pause.

**À noter, je ne suis jamais précise ds ma façon de faire… car je ne suis jamais précise, dans rien, anyway.

À faire, la veille…


Choisir de jolies côtes, avec le moins de gras possible. Si elles sont trop « blanches », enlever le surplus avec un couteau bien aiguisé. Dans un bol, idéalement coloré et joli, mélanger de la cassonade avec des flocons d’oignons, de la moutarde sèche, du cumin, de la poudre d’ail et du sel de céleri, selon vos goût, en donnant la priorité à la cassonade, genre 2 pour 1.

Frotter les côtes de ce mélange, avec amour et compassion. Ça les détendra. Les déposer délicatement dans un grand plat, souffler un bisou, dire bonne nuit, recouvrir d’un cello et réserver au frais. Faites dodo, sortez, forniquez, écrivez, faites ce que vous voulez jusqu’au lendemain…

Là, le choix vous revient. Acheter une sauce BBQ du commerce – ça se peut, il y en a de très bonnes- ou la mitonner vous-même. Si vous optez pour le truc maison, je vous suggère un mélange (étonnant!) de soda brun (Pepsi, Coke ou Root Beer) avec la même quantité de ketchup, plus 1/4 de vinaigre de cidre, un peu de mélasse, des oignons en flocons et un soupçon de fumée liquide. À mijoter 30 minutes, genre.

Envelopper les cotes levées dans du papier alu, les placer sur une plaque allant au four et pitcher le tout dans le four, à 300 F, pour au moins 2 heures. Après, c’est selon. Si le BBQ est encore enneigé, badigeonner les côtes de la sauce et faites griller environ 30 minutes au four. Si, ô bonheur, le BBQ est « up and running » déposer tendrement les côtes sur une grille huilée et badigeonner de sauce BBQ.  À vue de nez, je dirais environ 7 minutes de chaque côté.

Déguster avec le sourire dans la face et les doigts bien cochonnés…

 **Ceci se veut un hommage à Geneviève Lefebvre qui blogue et cuisine et écrit et tellement plus**

Philanthropie 101

Non, je ne me ferai pas aller le clapet au sujet de la controverse Wajdi/Cantat. Vous connaissez probablement déjà mon opinion sur le sujet.

Jasons plutôt philanthropie. Ben oui, à cette douce époque de l’année où nous confectionnons avec amour nos rapports d’impôts, je trouve le sujet hautement pertinent. Et je ne parle pas des déductions liées aux dons à des organismes de charité. Ne-non.

** La conversation qui suit se veut une dramatisation à la fois poignante de réalisme, touchante, émouvante et un brin cynique. 


- Bonjour, Monsieur-agent-du-ministère-du-revenu! Je vous retourne vos 349 appels frénétiques au sujet du 1500$ que je vous dois pour l’année 2010…

- Ah! C’est vous, espèce de criminelle-fraudeuse-de l’état! Nous exigeons un paiement sur le champ, capital et intérêts usuraires compris, sinon c’est le sabot de Denver sur votre paye… ou la prison!

- Ben… heu… J’ai bien l’intention de vous payer. J’aimerais juste pouvoir diriger mon don.

- De kessé?

- Diriger mon don. Choisir sa destination. C’est une tendance lourde en philanthropie depuis quelques années, vous savez…

- Re de kessé?

- Je m’explique. Pendant longtemps, les donateurs – à une université, par exemple – signaient un chèque et s’en remettaient aux dirigeants pour l’utilisation éventuelle de l’argent. De nos jours, peut-être en raison des inquiétudes face à la qualité de la gestion des fonds (sourire en coin + clin d’oeil complice que le monsieur ne peut pas voir mais bon), les philanthropes préfèrent choisir à quoi ils donnent. Ça les rassure.

- …..

- J’ai donc choisi de diriger mon 1500$ dans un fond d’aide internationale.

- Heu… D’aide de quoi?

- In-ter-na-tio-nale. Le gouvernement envoie bien de l’argent à l’étranger lors de catastrophes, non? Peut-être est-ce trop compliqué… Bon, allez, mettez mon argent dans la réparation des nids de poules et on n’en parle plus!

Fin. Épique, hein?

Si je peux acheter une chèvre pour aider un village d’Éthiopie, des cahiers pour soutenir un enfant à Haïti ou encore participer à la construction d’un puits au Niger, pourquoi est-ce que je ne pourrais pas mettre mon argent dans ce en quoi je crois?

Ben nooooonnnnnnnnnnnnnnnnnn! Je sais ce que vous allez me dire…

C’est juste qu’à les regarder gérer nos $$$, j’ai vraiment l’impression que payer ses impôts, c’est de la pure philanthropie…

 

 

Here I go again…

Ceux qui me connaissent un peu savent à quel point j’aime me réinventer, côté carrière. Bon, pour être tout à fait franche, je ne l’ai pas toujours fait par choix… La vie m’a quelques fois fait prendre le dalot. Mais qu’importe, que ce soit par désir ou par obligation, j’ai l’ai toujours fait avec fougue et conviction. Les chemins de traverse, je connais. J’aime. Je m’y sens en vie. Je ne suis pas née pour la ligne droite…

J’ai remarqué que ces mutations se pointaient dans ma vie à tous les cinq ans, environ. À 25 ans, je lâche la toge pour ne plus jamais la remettre; 30 ans, alors que j’étudie le théâtre à l’université, le père de mon fils de 8 mois décède dans un accident et je dois retourner sur le marché du travail. Je deviens journaliste chez Voir et je tombe en amour avec ce métier que j’exercerai à temps plein, à la pige, jusqu’à 35 ans. Mes derniers papiers seront pour Le Devoir et pour le défunt Ici-Québec.com. Monoparentale, lasse de l’insécurité de la pige, je me transforme en rédactrice spécialisée en philanthropie pour une fondation. J’aime beaucoup, d’autant plus que ce nouvel habit professionnel me permet de rencontrer l’amour de ma vie :-) . Un deux pour un dont j’apprécie encore la douceur aujourd’hui…

À l’aube de mes 40 ans – appeler ça crise de la quarantaine si vous voulez – j’aime toujours le chum mais le travail ne me satisfait plus. Je suis en manque… De quoi? De moi, je dirais. Germe alors l’idée d’écrire un roman. Plus précisément, le titre m’est tombé dessus en pleine nuit. Sous la toge. Incapable de me sortir le projet du coco, je lance une bouteille à la mer sous forme de lettre accompagnée d’un résumé et des trois premières pages du roman. Je laisse mon emploi du même souffle. La bouteille trouve sa destinataire et, en janvier 2009, le tome 1 sort en librairie, suivi du tome 2 en septembre dernier. Publié également chez Québec Loisirs, le tome 1 atteint un chiffre de vente qui dépasse les 4000 copies (ou 5000, je ne sais plus), ce qui n’est pas rien dans notre charmant mais petit pays. J’en souhaite autant pour le 2.

Mais là, zamis et zamies, mes 45 ans se pointent le bout du nez. C’est pour juillet. Cette fois-ci, j’ai pris un peu d’avance. Je fais dans l’édition, en culinaire. Avec bonheur. Je trippe bouffe et je passe mes journées entières dans des recettes, des trucs de cuisine, etc. J-o-i-e. J’aime, je garde. Mais j’imagine que 45 ans, ça impose un plongeon encore plus drastique car un de mes fabuleusement dérangeants flashs m’est tombé dessus. Pif-paf, en plein dans le front (d’ailleurs, l’inspiration est venue pendant une migraine de calibre olympique…). Ce matin, encore un peu nase, j’ai mis les morceaux du puzzle en place et j’ai compris que le temps était venu de foncer.

Faque…

Je vais le faire, dre-là, comme on dit. Et je vous en reparle, of course.

Et ne me dites pas que je suis agace… Je veux juste ne pas vendre la peau du cheval donné dont je ne regarderai évidemment pas la bride de peur d’être accumulée au pied du mur et ainsi, être obligée d’y aller avec le dos de la main morte… Tsé :-)




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