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Archive mensuelle de octobre 2010

Bashung

Oui, lui, qui m’a dit Osez Joséphine (l’ai toujours pris perso, ça). Puis l’Imprudence, un coup de poing au coeur. Et il remet ça, avec le Cantique des cantiques avec sa douce Chloé Mons. Et tout le reste. Vous connaissez.

Donc, je me dois d’expliquer pourquoi, lorsque je suis tomber en amour, hier soir, j’ai baptisé l’élu Bashung. C’est un hommage. Parce que ces quelques kilos de poils et d’amour inconditionnel me font l’effet d’une bombe nucléaire. Comme Alain, même s’il n’est plus là. J’espère qu’il me pardonnera d’avoir baptisé mon toutou en son honneur.

J’écrirai, désormais, avec Bashung sur mes genoux. Et c’est fou, mais je pense qu’il aimerait :-) )

Vertige de l’amour!

 

Pourquoi je pense à Tony Conte?

Ben oui, hein, pourquoi? Une nostalgie subite d’Omertà? Une envie foudroyante de pâtes de chez Mikes?

Heu…non.

Début septembre, j’ai vu Tony aux nouvelles, à l’ouverture du terme des procès aux assises, à Montréal (exercice au cours duquel on fixe les dates des procès devant jury). Je savais dans quel pétrin il s’est présumément fourré, en 2008. J’avais un peu oublié. Un fait divers parmi tant d’autres.

Mais, quand même.

Flashback, décembre 1995. Le lieu: un plateau de tournage, dans le Vieux-Québec. Le film: Le Polygraphe, de Robert Lepage. Je suis figurante, perdue dans une foule qui assiste à une pièce de théâtre. L’assistant de Lepage me repère, vient me chercher, et me propose un « rôle muet ». Je serai donc « une groupie qui attend un comédien à la sortie de la pièce », Tony Conte, lui-même 3ème rôle muet. Je connaissais le mec pour l’avoir remarqué à sa sortie du Conservatoire, en 1993, pour ensuite le voir évoluer, avec talent, sur diverses scènes.

Ce soir-là, il m’a raconté que là, ça venait de « décoller » pour lui, à Montréal. Il avait décroché un rôle important dans une série qui, selon lui, allait sûrement cartonner et faire de lui une valeur sûre. Omertà. Il y jouait Vincenzo Spadollini, un capo de la mafia. Un tournage de cinéma, c’est long. J’ai donc passé la nuit à jaser avec lui. Je ne vous dirai pas à quel point il fût le parfait gentlemen qui s’assurait que je n’aie ni froid au pieds, ni soif, ni faim. Là n’est pas le point…

Cette nuit-là, j’ai vu dans ses yeux ce désir brûlant de « réussir ». Pas pour ses beaux yeux. Pas pour ce que la gloire peut procurer. Juste pour le plaisir de savoir que son talent serait reconnu. Qu’il travaillait fort, et que ça payerait.

Et ce fût payant. Pour un temps. Omertà, Virginie, Urgence… Et peu à peu, l’oubli. Les contrats rentrent moins et sont moins intéressants. Un casting trop précis. Et autre chose, sûrement.

Oui, je sais qu’il a tablé sur sa notoriété rapide et flambé beaucoup. Mais peut-on rêver, parfois, sans se faire mettre une claque au visage?

Peut-être a-t-il écouté quelqu’un qui lui disait à l’oreille que, voilà, c’était gagné. Qu’il pourrait vivre, et bien vivre de son talent. Peut-être a-t-il cru en cette fable? On lui a sûrement dit qu’il était merveilleux, unique et spécial.  Et comme artiste, il a pris ça pour du « cash ». Le miroir aux alouettes… pouette, pouette, pouette.

Le refrain n’a pas suivi. Il s’est retrouvé chez sa mère avec ses sacs verts. La honte. Il a décidé de tenter un truc franchement moche, histoire de se remettre à flot. Était-ce la première fois? On verra. Je suis convaincue qu’il n’avait pas décidé d’en faire une carrière. Trop de feu dans ses yeux quand il parlait de son art.

Ben oui, il aurait pu opter pour le B.S. Il n’a pas voulu. Je peux comprendre. Je suis soulagée pour lui. Il n’a pas d’enfants. Sa mère est décédée, la peine au coeur, c’est certain. Elle était si fière. Je me souviens quand il a joué avec Gilles Pelletier, au Trident. On s’était revus à ce moment-là. Tellement ému. Sa maman faisait le ménage au Théâtre Denise-Pelletier, quand il était gosse. Vous imaginez?

On peut péter une coche, parfois. Et payer chèrement. Je comprends. Trop, ce soir. 

Chantal. Le déni.

1986. Cégep Limoilou, Québec. Une troupe de théâtre. Une metteure en scène fofolle mais allumée qui décide de monter Les hauts et les bas de la vie d’une diva, de Jean-Claude Germain, un solo d’actrice + 1 musicien… mais elle, elle veut le faire avec 12 comédiens. Elle avait vu que la diva avait au moins autant de personnalités que de comédiens qu’elle avait sous la main. J.-C. Germain a rechigné, au départ, puis a dit oui. Il avait compris que sa Sarah Ménard était multiple…

« SARAH MÉNARD : Tu sé, dans a vie moué, y a rien qui mplaît pluss que de jouer les femmes fragiles… les idiotes époustouflantes… les bibelots de luxe… ça m’détend… Chus ben d’accorre de temps-z-en temps pour ête le repos du guerrier… le banquet du chasseur… le festin du powette… mais à condition que l’service soueille en porcelaine de Chine… Chus faite de même… ça m’a jamais intéressée d’ête la plottée dbines du bûcheron… Chus dans lgenre à la carte… pis j’ai horreur des invités qu’y font pas à différence ente une poule bouillie pis une truite arc-en-ciel flambée au cognac! »

Nous étions 12 Sarah. J’étais la Sarah in your face. En plein milieu de la scène, les spots sur moi, la Sarah glamour. À l’autre bout du spectre, il y avait la Sarah enroulée dans un châle de laine. La Sarah timide. Chantal. Toute petite Chantal au sourire si chaud. Toi et moi, si différentes dans la vie, comme sur scène. Mais… je me souviens de ces conversations. Toi. Moi. Montréal. On évaluait la chose. Je disais : On y va, c’est là que ça se passe! Tu disais: Je n’aime pas. C’est gros. J’ai peur. Ça ne me tente pas. Je répliquais: Ben voyons! Y’a rien là! Come on, Chantal, ton programme d’étude est là-bas. Et moi, je m’en viens, ça ne sera pas long!

…….

Lorsqu’il l’ont retrouvée, elle avait, dans sa main fermée, la monnaie nécessaire pour retourner chez elle. Elle a lutté. Trop. À un point tel que son agresseur, violeur en série mais jamais tueur, avant elle, lui a fermé les yeux à jamais.

……

Je n’avais jamais parlé de toi, avant, Chantal. Je t’avais enfouie dans ma mémoire. Trop de peine. Chaque fois que je me promène sur Saint-Denis et aux alentours, même presque 20 ans après, je cherche la foutue église. L’endroit où il t’a entraînée, et tuée.

……

Ce matin là. Ma mère, qui travaillait avec ta tante, m’a appelée. « Tu sais, la fille avec que tu faisais du théâtre, Chantal, est morte » Silence.  » Nathaly! Tu sais, Chantal, la petite avec le châle, là… » Silence, re.  » Oui, Chantal. Je suis désolée… »

……

Ce soir, Chantal, je te serre dans mes bras…

 

Marie, Bertrand… de ce désir noir.

Je me souviens, Marie, quand j’ai su. Je revenais de vacances, le ventre gros de ma fille. On te disait dans le coma. À cause de Bertrand. Je me suis dit: « Non, ben non, « il » n’a pas pu faire ça… » Car je t’enviais presque, belle et fougueuse Marie, de lui avoir donné ton coeur dans un élan irrépressible. Malgré l’impossible de votre amour. Malgré ton mari. Malgré sa femme. Son enfant. Tes fils. Tu l’avais fait, dans cette vérité qui était propre à toi. Je comprenais tellement, moi qui, sans le vouloir vraiment, avait arraché un mari à sa femme.

Nadine, ta mère, s’est inquiétée. Tu lui avais pourtant promis que Samuel était « le bon ». Et quand tu as voulu, à tout prix, lui imposer Bertrand, elle a pleuré… mais a accepté. Comme seules les mères qui connaissent leurs filles peuvent le faire. Avec angoisse, doute, peur et espoir.

Ce soir-là, il t’a tuée, Marie. Petite Marie, il a, dans un élan de fureur alcoolisée, de jalousie droguée, fait une brèche mortelle dans ton cerveau. Pour ensuite te border comme un bébé. Je t’imagine furieuse, griffes dehors, in your face. Mais tu n’étais pas de taille.

« Le vent nous portera »… J’ai aimé, artistiquement, musicalement, politiquement, Bertrand. Mais je suis incapable de regarder son regard si beau, si noir, sans penser que, à la fin de ta vie, Marie, c’est la dernière chose que tu as vue, en pensant à tes fils, sûrement.




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