Archive mensuelle de mars 2010

À colon, colon et demi

Il y a quelque jours, la journaliste Isabelle Porter publiait un papier dans Le Devoir où elle relatait les propos de Simon Anholt, un spécialiste de l’image de marque des villes et des pays, à propos du mandat de Clothaire Rapaille à la ville de Québec. »Exercice inutile, naïf et coûteux », conclut le chercheur à l’origine du concept de city branding.

« Un bel exemple de journalisme de colonisé! » a vociféré le maire Labeaume au visage de la journaliste, présente à la conférence de presse annonçant la dégonflement prévisible de la bulle Rapaille. Pardon, m’sieur le Maire, vous avez bien dit co-lo-ni-sé?

Outre le fait qu’il s’est comporté en goujat, en bébé gâté, en dictateur et en vieux macho sur le retour, Régis Labeaume a donné le plus bel exemple de « Faites ce que je dis mais ne faites pas ce que je fait ».  Un peu plus et il lançait un « Vos gueules, les mouettes! »

J’imagine qu’en utilisant le terme « colonisé », notre joyeux luron municipal référait au fait que le spécialiste cité par Isabelle Porter est de nationalité britannique? Oh non! Un  gros méchant anglais pas fin!!! Madame Porter, il ne faut pas leur parler, voyons, tout le monde sait ça. Ils nous veulent du mal. Ils sont LE mal!

Mais si un Français naturalisé américain vient nous expliquer que nous sommes névrosés et sado-maso, là, par contre, on ferait bien d’ouvrir grand nos deux oreilles. Monsieur le Maire, un colonisé, c’est quelqu’un à qui on a enseigné la supériorité d’une autre culture par rapport à la sienne. Si, selon votre raisonnement, la journaliste Porter est une colonisée parce qu’elle a fait appel à un spécialiste d’une autre nationalité (point de vue que je ne partage nullement, vous l’aurez compris), qu’est-ce que ça fait de vous, ô cher élu autrefois porté aux nues?

Un colon. Un ostie de colon.

 

Le Temps

Une saison arrive, une saison passe. Les changements sont subtils. Pas de grands bouleversements. Rien de spectaculaire. Juste la lente marche du Temps. Seul phénomène devant lequel nous sommes tous égaux. On voudrait parfois le faire accélérer. À d’autres occasions, on tuerait pour l’arrêter, ou du moins le ralentir. Comme lorsque l’amour est trop doux, trop bon.

Mais le Temps s’en fout. Le Temps fait son temps et n’épargne rien ni personne. Il fait oeuvre d’érosion sur les plus fougueuses ambitions. Il pèse de tout son poids sur les épaules musclées du rêve longtemps caressé. Il se fait sagesse pour qu’on lui fasse confiance. Oubliez le serpent du jardin d’Eden. La tentation dans le désert. Sodome et Gomorrhe. Le seul vrai traître qui se cache sous un visage aimant, c’est le Temps.

C’est qu’il a tout pour lui. Il se présente, charmant, chapeau bas et courbettes, avec des airs d’infini. Dans la naïveté de notre jeunesse, on se lance dans une merveilleuse valse, dans ses bras, les yeux pleins d’étoiles, confiante. Il nous susurre à l’oreille qu’il sera toujours là pour nous. Et on le croit. Et on danse, on danse, à s’en étourdir. Après tout, il est avec nous. À nous.

Et puis un matin, tout a changé. Enfin, pas vraiment. Ce serait trop facile. On aurait senti la chose venir. On n’est pas connes. Le Temps est furtif. Beau parleur. Ce sont plutôt des parcelles de matin, volées dans le miroir, entre la course aux lunchs et la tentative de chignon ratée. On se retourne. Et puis rien. Le Temps est parti faire un tour ailleurs. Déjà, il a commencé à valser avec elle.

Elle. Des rêves plein la tête. La peau lisse. La paupière ferme et souple. La bouche gourmande, prête à goûter tous les plaisirs que lui, le Temps, lui servira sur un plateau d’argent. Je la trouve belle. Je l’envie. Non pas pour sa taille fine et la blancheur de ses dents. Oh non. Tout ça lui va si bien! Non, je la regarde se poser des questions. Hésiter.  » Tu es capable, ma chouette, fonce! Rêve. Avance. Et défonce! Fais leur voir qui tu es! Vire les à l’envers! Invente-toi. Lance-leur ta vérité en pleine gueule. Tu as le Temps avec toi! » Je l’envie, oui. Mais je l’aime, tendrement.

Et toi, le Temps, je t’ai aimé comme une amante insouciante. Je t’ai négligé. Pour toute les fois où je t’ai mis de côté, tu me fais payer, aujourd’hui. C’est de bonne guerre. Je ne t’en veux pas. Tu es discret. Tu ne t’affiches pas. Et pourtant… Tu me demandes des comptes. Et je ne sais trop quoi dire.

Déjà? Déjà, alors….

Twitter est une auberge espagnole

Bon. Je m’étais promis de vous servir un billet bien réjouissant, très hop la vie, plein d’anecdotes cutes sur mes enfants, en ce début de printemps. Après FTY, je vous devais bien ça. Mais bon, on passe au suivant, pour l’instant.  À cause de Twitter…

Précisons: pas Twitter en soi. Des utilisateurs, plutôt. Moi, je veux bien que certaines personnes voient dans cet instrument une façon de se forger une image. Ben correct. Your life, my life, même combat? Or not. Twitter, c’est une auberge espagnole. On y trouve de tout. On y trouve ce qu’on veut bien y apporter. Ce n’est ni un examen de fin d’année, ni un passeport pour la célébrité. Même si ça s’avère parfois un concours de popularité.

J’y suis parce que ça me permet de discuter avec des gens de partout. Des amis que j’aime, comme de parfaits inconnus. Dans la même journée, je découvre le parfait cache-cerne en même temps que les horreurs cachées d’un génocide. Époque merveilleuse, vous dites? Ben oui. Est-ce qu’on peut avoir du fun et être intelligent en même temps? J’espère que oui, car sinon, cibole, retapons nous les cassettes du Survenant et Des belles histoires des pays d’en haut…

Je vous lance ça à la figure car j’ai constaté à quel point notre beau pays, le Québec, est tout-tout petit ( et très hiérachisé), sur Twitter. Et qui ose « fucker » la game, ma foi, passe pour un (ou une) exalté (e)! Exemple: je suis John Cusack, sur Twitter. Outre le fait qu’il est miam-miam, le gars nous sert des opinions super intéressantes sur la politique américaine. Je lui réponds, à un certain moment, et oh! il me répond. Je n’ai pas perdu connaissance. On a discuté. C’était chouette. « Ben là, c’est quoi ça de courir après les veuuuuudettes »? Je ne cours pas après les vedettes! J’ai juste envie de discuter avec des gens qui soit 1) ont des opinions qui m’intéressent 2) ont un sens de l’humour qui se rapproche du mien (ce qui n’est pas si facile que ça à trouver) 3) sont charmants, that’s it.  J’ai autant de plaisir à déconner avec un parfait inconnu qui s’appelle @tructordsmoilenoeud qu’avec @guyalepage.

Conclusion: vous qui protégez vos z’amis artistes en leur faisant pipi dessus afin qu’on ne les approche pas #fail. Donald Trump, Barack, Barbra Streisand et moi avons pleins de trucs en commun: on se lève le matin, on va aux toilettes, on se brosse les dents, on bouffe, on fait l’amour, on meurt. 

FTY ou Le droit de choisir

Le 8 mars, Journée internationale de la Femme, a toujours suscité des sentiments contradictoires chez moi. Il y a un côté « petit tiroir que l’on ouvre pour aussitôt le refermer » qui me dérange. Un parfum de ghetto, de case, d’étiquette, de silo. Journée de la Femme, de la Terre, de l’Enfance, de la Santé mentale, du Braille, des Lépreux, et j’en passe. On parle beaucoup, on étudie la question, on donne des statistiques… et la vie continue. Je suis la première à dénoncer les atrocités vécues par les femmes, ici ou ailleurs. Ça me bouleverse et ça me fait pleurer comme un veau, souvent. Trop souvent. Mais les petites violences du quotidien, bien que moins spectaculaires, sont loin d’être banales.

Depuis ma tendre enfance, je revendique le droit de choisir. Ma mère vous dirait que je suis venue au monde avec une tête de boxer et un fort penchant pour les chemins de traverse. Elle qui s’est fait coupé l’herbe de l’ambition sous le pied après sa sixième année – époque et famille nombreuse obligent – n’allait certes pas essayer de me mettre dans un moule. Je l’en remercie, encore aujourd’hui. Même chose pour mon père qui m’a dit, alors que j’avais 5 ans, de ne jamais laisser personne me « tasser » dans un coin.

Enfant, je rêvais d’être une princesse. Et je jouais aux billes avec les mecs dans la cour d’école. La corde à danser, non merci. Et lorsqu’un conflit dégénérait, j’ai souvent réglé la chose à coups de poing. Ouais. Je n’en suis ni fière, ni honteuse. J’ai toujours bien vécu ma dualité princesse/boxer.

J’ai revendiqué, disais-je, le droit de choisir. D’avancer, parfois à contre-courant, parfois comme un mouton. De réfléchir ou de me mettre le cerveau au neutre. Je me suis fait bitcher au moins autant par des femmes que par des hommes. J’ai vécu ce qu’était le harcèlement, tant sexuel que psychologique, de la part d’hommes et de femmes.  Le jour où un collègue journaliste dont j’admirais l’humour et l’intelligence m’a reproché de me raser les jambes et de teindre mes cheveux parce que ça dénotait « mon esclavage au diktat de la beauté décrété par le machisme », j’ai vraiment compris que la question ne serait jamais réglée.

Je me permets d’emprunter à Patrick Huard une de ses phrases les plus suaves: Farme Ta Yeule! Si j’ai envie de porter des talons de 4 pouces de haut, FTY. Si ça me tente de foutre le feu dans mon diplôme du Barreau, FTY. Si je décide de jouer la femme fatale, FTY. Si, demain matin, j’arrête tout pour m’occuper de mes enfants et faire de la bouffe, FTY. Et je m’efforce de faire la même chose. Respect. En toutes choses.




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