Monique et Virginia

Je ne suis pas une de ses fans. Ni une de ses détractrices. Je dirais que je suis assez neutre à son sujet. Non pas que la chose politique m’indiffère. Je dirais plutôt qu’elle me décourage. Mais je concède à Monique Jérôme-Forget au moins deux trucs: elle s’est battue pour l’équité salariale et a servi de gilet pare-balles à Charest. Mais là n’est pas mon propos. Ce qui m’a interpellée dans cet article du Soleil, c’est l’éternelle question de la culpabilité dite féminine. 

«Quoi qu’elles fassent, les femmes vont se sentir coupables. Qu’elles soient présentes ou absentes, elles vont se sentir coupables! Ça fait partie du gène féminin. Mais il faut l’ignorer!», a-t-elle dit au moment de quitter la vie politique. Je voudrais tellement être en désaccord.  J’aimerais affirmer que non, la culpabilité, on peut s’en affranchir. Mais je ne peux pas. Peut-être n’aie-je pas assez tâté de la méditation, de la thérapie ou de lectures féministes pures et dures, mais moi, elle me colle à la peau cette foutue culpabilité. C’est mon noeud gordien. Et je suis incapable de le trancher…

La question n’est pas de savoir si le monstre émerge des gènes ou de l’éducation. J’aimerais juste pouvoir l’occire une fois pour toute! Petit exemple d’une journée où je me consacre à l’écriture:

 Sous la toge, page 45.

« Ça ne faisait peut-être pas tic-tac, mais le caractère explosif de la chose ne m’avait pas échappé. (Merde, j’ai oublié de dégeler les poulets pour le souper). Cet ange aux ailes brisées, c’était lui, mais c’était surtout moi. (Est-ce que j’ai confirmé la présence d’Alex à la fête d’Oriane?) Mon petit moi amoché, flétri, rempli de peurs, de doutes, de peines. (Schnoutte, encore un message de l’école me disant que Jérémy a une retenue demain). Ce moi qui se défaisait comme un tricot dont on a tiré un fil. Petit, le fil. Anodin. (Il fait un soleil de plomb et j’ai oublié le chapeau de la petite) On tire dessus juste pour voir, et c’est tout le travail qui se défait. Tellement plus vite que le temps qu’on a mis pour le tricoter. (Shit! J’ai encore oublié une bordée dans la sécheuse) Peut-on se déconstruire aussi rapidement? Oui. À force de non-dits, de croyances perverses, d’atteintes à l’intégrité physique et psychologique, de roussettes française et de mauvais café. (Bon, il est 16h, faut que je file chercher les enfants). »

Édifiant, non?

Il y a quelques semaines, Geneviève a rappelé à mon souvenir Une chambre à soi, de Virginia Woolf. La douleur mes amis, j’vous raconte pas! L’essai pamphlétaire de cette sublime écrivaine a beau avoir été écrit en 1929, la pertinence de son propose et la déchirante acuité du constat frappent encore autant aujourd’hui. Je me permets de citer Geneviève: (…) qui dit encore avec une criante et cruelle modernité que pour écrire, une femme a besoin de son indépendance financière et d’un lieu qui n’appartient qu’à elle. Ça me désespère de le dire, mais écrire quelque chose qui demande un tant soit peu de souffle et élever des enfants sont des activités incompatibles. En tout cas pour moi.

Woolf suggérait une chambre qu’on peut fermer à clé afin de pouvoir écrire sans être dérangée par sa famille… J’ai fait le test. Constat: j’ai beau m’enfermer à double tour, la petite voix grinçante qui a élue domicile dans ma tête le jour où j’ai accouché de mon premier enfant me suit partout. 

 

 

 

 

5 Réponses à “Monique et Virginia”


  • Virginia n’a pas eu d’enfants… Imagine si elle avait été mère de famille! On aurait jamais eu « Une chambre à soi » pour se désespérer aujourd’hui (rires)!

    Bon, je retourne re-re-re corriger le début de mon livre. En attendant que la petite se lève (elle a congé, elle) et qu’elle fouille longuement dans le frigo pendant que ma voix me dira (c’est de ta faute, t’as pas assez acheté de lait, de pain, de beurre, de confiture, de fruits, hier).

  • @Geneviève: :-) Fascinant à quel point les enfants ont le don d’avoir envie de bouffer LE truc qu’on a oublié d’acheter!

  • Et que je suis content! Ça fait des années que je me demande pourquoi les femmes (dont la mienne) se sentent toujours coupables et les hommes rarement. Et là, vous venez de me confirmer que, oui, effectivement la plupart des femmes ressentent la culpabilité de façon presque atavique. Pour ce qui est des hommes, je dis qu’ils se sentent rarement coupables parce que j’en connais un maudit paquet qui ont quitté femmes et enfants, sans le moindre regret, et sans le moindre sens des responsabilités.

    Peut-être suis-je trop sévère envers les hommes? Je ne sais pas… Mais j’aurais quand même un conseil à donner à ceux qui continuent à partager leur quotidien avec une ou des femme(s)… Messieurs, si on vous accuse de quelque chose, plaidez coupable tout de suite et demandez humblement pardon (je sais ça fait mal à l’égo!). Vous vous éviterez au moins de longs plaidoyers qui ne convaincront personne, et on vous pardonnera plus facilement (faute avouée, faute pardonnée).

    Sur ce, Joyeuses Pâques, Nathaly!

  • @M.Marcoux: Elle est chanceuse la Sylvie (il me semble que c’est le prénom de votre douce moitié, non?)de partager sa vie avec vous ;-) Et Joyeuses Pâques à vous!

  • En plus de la petite voix grinçante, il y a le grondement sourd qui survient quand là devant vous le clone de votre ex si tarla en la personne de l’être que vous aimez le plus …
    Coupable d’avoir mal choisis même la génétique !!!Celle là aussi me colle au derriere !
    J’aimerais tant apprendre de certains hommes des fois, juste un peu …

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